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La baisse du gazole : faut-il s’en réjouir ou pas ?


Le prix CNR gazole cuve (en moyenne mensuelle hors TVA) vient tout juste de retomber à 1 € (1,007 si on veut être précis). Son plus bas niveau depuis la fin de l’année 2010. Même chose pour le prix DIREM gazole pompe hors TVA qui vient de retrouver son niveau de la fin 2010 aux alentours de 1.045€.

Le décrochage depuis le début de l’année est assez important puisque le prix CNR cuve baisse de plus de 8%. Et si jusqu’à ces dernières semaines, la baisse avait été lente et progressive (-5% entre le 1er janvier et le 1er octobre), elle s’est fortement accélérée depuis le début du mois d’octobre (-3% en 15 jours). La cause numéro un est classique : la production est actuellement excédentaire, en raison principalement des ralentissements économiques en Asie et Amérique Latine.

S’y ajoute le fait que :

- Les Etats Unis, actuellement en croissance, sont également devenus un important producteur de gaz de schiste, réduisant ainsi fortement leur dépendance aux marchés pétroliers extérieurs.

- En Europe, le climat est relativement doux depuis le mois de février, entraînant une forte baisse des consommation de chuaffage.

Bref, les marchés anticipent actuellement un scénario où la production pétrolière est durablement supérieure à la demande et ce malgré les tensions internationales en Irak et Libye. Il est donc fort probable que cette baisse des prix s’inscrive dans le temps, même si le Parlement a un peu refroidi cette bonne nouvelle en votant une hausse de 4c de la TICPE sur la gazole.


Gare aux contrecoups du mécanisme d’indexation gazole

Mais le transport routier doit-il pour autant se réjouir de cette baisse ? Car si de prime abord, il est toujours agréable de constater une baisse de ses coûts de production et de voir ainsi sa trésorerie s’améliorer, force est quand même de rester prudent. Et même de considérer que cette baisse peut cacher des effets pernicieux.

Tout d’abord le mécanisme d’indexation gazole, s’il a pour objectif de protéger le transporteur des hausses brutales du prix du carburant, a également pour effet de garantir au chargeur que toute baisse du gazole viendra alléger sa facture transporrt. Le principe est imparable : lorsque le gazole baisse, le pied de facture gazole doit également baisser dans des proportions qui dépendent du poids carburant retenu. Il est même probable que nombre de  transporteurs sont ou seront  amenés à pratiquer des pieds de facture «négatifs», dès lors que l’indice de référence choisi dans le contrat de transport se situe au-delà de 1 €. Le CNR nous explique ainsi qu’en utilisant ses données de références, un contrat qui a démarré en mai 2013 a été impacté en août 2014 par une baisse tarifaire de 0.82%. C’est certes embêtant, mais c’est équitable et c’est ainsi que l’a voulu le législateur : le mécanisme ne doit créer aucun effet d’aubaine.


La baisse du prix du gazole accroît la compétitivité des pays à bas salaires

Le deuxième contrecoup de cette baisse peut s’avérer en revanche plus fâcheux, car il pourrait venir écorner la compétitivité du pavillon français, déjà bien mal en point.

L’explication  se trouve dans l’analayse de la part relative du poste gazole par rapport à l’ensemble des coûts. En effet, dans les pays où les rémunérations sont basses, la part relative du poste «salaires et charges» est faible et à contrario la part gazole est nettement plus élevée (au-delà de 40%). Les transporteurs sont donc beaucoup plus sensibles aux variations du prix du gazole, d’autant  qu’eux ne bénéficient pas du mécanisme de pied de facture. La baisse du prix du gazole va leur donner davantage de marges de manœuvre. Car en reprenant notre exemple CNR précédent, là ou le transporteur français aura «ristourné» 0.82%, le transporteur venu de l’Est, pourra, s’il le souhaite, ristourner en moyenne plus de 1.2%. Et s’il ne souhaite rien ristourner, il va se donner un sacré bol d’air financier, sans pour autant que le différentiel de coût avec son homologue français ne se réduise de manière spectaculaire. Sans parler du cas où il fera le plein au Luxembourg, s’exonérant ainsi de la hausse de la TICPE française.

C’est bien le paradoxe de la situation française : nos coûts salariaux étant les plus élevés d’Europe, en poussant le raisonnement à l’extrême, on a tout intérêt à espérer un prix brut du gazole élevé qui écrase un tant soit peu la part du poste salaires et charges. Et là, oui, on marche sur la tête !