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La Mairie de Paris déteste t-elle vraiment les PL ?


La Ville de Paris a présenté lundi 9 février son plan de lutte contre la pollution atmosphérique. Ce plan consiste notamment à faire de Paris une zone à basses émissions par des restrictions de circulation applicables aux  véhicules les plus polluants.

Cette volonté s’appuiera sur les mesures concrètes suivantes :

  • Interdiction de circulation dès le 1er juillet 2015 pour les autobus, autocars et poids- lourds de classe 1, c'est-à-dire tous les camions aux normes Euro 0, 1 et 2.
  • Entre 2017 et 2020, les véhicules de classes 2 (Euro 3), 3, puis 4 (Euro IV), seront progressivement interdits.
  • Pour les PL, l’interdiction couvrira tous les jours de la semaine
  • Le Périphérique est exclu du dispositif.
  • Le contrôle sera pris en charge par les forces de police qui gèrent la circulation et de stationnement (à Paris, c’est la seule Préfecture de Police qui est compétente sur la voirie).
  • Les contrevenants à cette mesure de restriction seront punis de l’amende prévue pour la contravention de 2e classe, assortie d’une mesure  d’immobilisation du véhicule éventuellement suivie  d’une mise en fourrière.

Dérogation temporaire pour les véhicules de marché

La mairie de Paris indique cependant que des modalités d’application particulières pour les professionnels travaillant à Paris sont en cours de concertation. L’objectif est de prendre en compte certaines spécificités et de travailler sur un calendrier d’adaptation. Des dérogations temporaires ciblées seront prises, en particulier pour les véhicules des commerçants travaillant sur les  marchés parisiens.

Enfin, en parallèle à cette mesure, la Mairie de Paris souhaite, qu’au premier jour de dépassement du seuil d’alerte et en cas de risque de dépassement le jour suivant, l’Etat mette en place la circulation alternée.


Des aides prévues

En contrepartie de ces mesures coercitives, la Mairie de Paris souhaite s’engager dans un processus d’aide au renouvellement de la flotte :

  • Aide financière au remplacement d’un véhicule thermique  par un véhicule propre (électrique ou gaz) de 15 % du prix d’achat HT (hors options), d’un montant maximal de 9000€ modulé selon le type de véhicule (de l’utilitaire léger jusqu’au poids-lourd).
  • Cette offre est réservée aux très petites entreprises, pour cibler notamment les artisans et commerçants (en-deçà d’un seuil de salariés et de chiffre d’affaires).
  • Elle sera proposée aux professionnels parisiens ainsi qu’aux professionnels de la petite couronne (départements 92, 93 et 94) qui viennent travailler à Paris.
  • Elle interviendra en  complément des mesures prises par l’Etat (bonus de  6300 euros pour l’achat d’un véhicule propre dans la limite de 27 % du coût d’acquisition et réflexion sur un bonus majoré de 10000 euros sous certaines conditions)

Que faut-il en penser ?

Bien évidemment, ces mesures ont fait couler beaucoup d’encre et les commentateurs de tout bord se sont emparés du dossier, avec notamment la dénonciation d’une démarche parisiano-parisienne qui méprise les usagers de banlieue et une forte stigmatisation du diesel qui tourne au dénigrement systématique.

Ne nous leurrons pas : en termes d’annonce et de communication, la mesure séduira les parisiens, qui utilisent globalement peu leurs voitures (quand ils en ont une !) et qui disposent d’une offre alternative abondante (Velib, Autolib, Métro, Bus, Tram, etc.). Et il faut quand même reconnaître qu’en tant que spécialiste du marché de Rungis, il est grand temps de voir retirer de la circulation certains véhicules d’un autre âge. La liberté économique et la crise ne justifient pas le fait qu’on ne doive rien faire en matière d’environnement.

Et puis à y regarder de plus près, en essayant de dépassionner le débat, les mesures prises ne sont pas aussi drastiques que le slogan «non au diesel en 2020» pouvait le laisser craindre :

  • Le nombre de véhicules concernés par la mesure au 1er juillet 2015 ne devrait pas dépasser 10% (et même nettement moins une fois les dérogations connues).
  • L’échéance 2017-2020 couvre les véhicules de classe 2,3 et 4 ce qui signifie que, pour l’instant, les Euro V seront autorisés.
  • Concrètement, seront interdits à partir de 2020 des véhicules qui auront plus ... de 11 ans.
  • Donc à priori, les véritables professionnels du transport et de la logistique, ainsi que les loueurs ne peuvent que se réjouir d’une mesure qui va valoriser leurs efforts en matière d’investissement et de renouvellement des flottes.

La seule chose qui pose quand même souci, c’est le calendrier pour les entreprises en compte propre avec des véhicules qui tournent peu et qui en terme d’exploitation sont loin d’être obsolètes au bout de 10 ans. Ces entreprises là n’ont que trois-quatre ans pour renouveler leur flotte. Et les aides proposées, en ne couvrant pas les Euro VI pour se concentrer sur le gaz et l’électrique ne sont que pure démagogie. Le différentiel de prix de base est tel que même avec les aides, on est dans des surcoûts importants. Et l’accroissement éventuel de demandes qui pourrait résulter de la mesure ne fera pas baisser les prix pour autant. Sans parler des limites en termes d’usage et d’autonomie. Honnêtement, reculer le calendrier sur 2024-2025 aurait été une bonne chose.