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Prévisions coûts de revient pour 2015 : au-delà des 1%


Le CNR a récemment publié ses perspectives de coûts pour 2015. Contre toute attente, malgré les baisses de charges, la disparition de l’Ecotaxe et le CICE, le CNR estime une situation légèrement inflationniste hors gazole supérieure à 1% que ce soit en régional ou en longue distance.

 

2014 a été marqué par une incroyable stabilité des coûts. A niveau d’activité constant, le CNR estime en effet que les transporteurs maintiennent l’équilibre : l'augmentation de leurs coûts hors gazole (en longue distance 40T) a été de l’ordre de + 0,2 % en 2014. A noter qu’en intégrant le gazole, on est sur une base déflationniste de -2,2%

Mais pour 2015, toujours selon le CNR, les prévisions sont plus inflationnistes. La hausse attendue des coûts hors gazole est évaluée, en longue distance entre + 1,2% et + 1,7%, en régional entre + 1% et + 1,4 %. Pour obtenir ces fourchettes et justifier de cette tendance, le CNR anticipe plusieurs hausses prévisionnelles :

- Le poste salaires devrait indéniablement connaître une hausse. La dernière revalorisation issue d'accords sociaux date de décembre 2012 (et elle était minimaliste) et la tension entre organisations patronales et salariales laisse présager une négociation assez dure. Selon que l’on se situe dans un scénario de modération des taux conventionnels ou un scénario d’assez fort réajustement et en fonction des dispositions précises d’allègement et de compensation des charges (pas complètement figées)  le poste salaires+charges pourrait varier de 0.9 à 2.3%.

- Les frais de déplacement, qui n’ont pas été réajustés en 2014, devrait assez logiquement connaître une hausse comprise entre 1.3 et 1.5%

- La détention de matériel pourrait, selon le CNR, augmenter de 1.6% (contre 0.6% en 2014). Explication avancée : les investissements en Euro VI vont se généraliser en 2015. Et comme les Euro VI sont globalement plus chers que les Euro V, on aura mécaniquement une hausse de ce poste.

- Les coûts de structure, basés sur la prévision d’inflation, se situeront à +0,9%. Il en va de même pour le poste maintenance, qui devrait augmenter d’environ 1%.

- Enfin, le poste Infrastructures, ramené à la seule composante « péages autoroutiers » depuis la disparition de l’Ecotaxe, devrait logiquement augmenter de 1.9% si on se base sur l’historique des années précédentes.

Au final, quand on prend tous ces éléments et qu’on les combine avec la pondération de chaque poste, on obtient donc la fameuse fourchette 1.2-1.7% défini pour la longue distance.

 


Le CICE exclu du calcul

Il n’en reste pas moins que la réflexion du CNR est basée sur des hypothèses bien spécifiques qui ne manqueront pas de susciter des débats entre chargeurs et transporteurs.

- Le CICE a été exclu du calcul. Le CNR rappelle en effet que l’objet légal du CICE réside dans l’amélioration de la compétitivité des entreprises, au travers « d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement ». L’objectif du législateur se situe très clairement sur le champ de la compétitivité « hors‐prix ». Le Ministère de l’économie et des finances et le médiateur national des relations interentreprises ont d’ailleurs condamné  les tentatives de captation du CICE : « En aucun cas, le CICE ne peut être prétexte à une demande de baisse des tarifs de la part d’une entreprise cliente à son fournisseur. »

- Les réflexions sur les hausses du poste salaires et charges sont en grande partie conditionnées par les accords conventionnels, seul élément tangible sur lequel le CNR peut se référer en toute quiétude. Il n’e reste pas moins que les entreprises de transport ont aujourd’hui une politique sociale déconnectée des accords de revalorisation. En 2014, malgré l’absence d’accords, des hausses ont été accordées ici et là et il en sera de même en 2015. Résultat : on a un décalage entre la linéarité des hausses de salaires dans les entreprises et la retranscription de cette réalité via les accords conventionnels qui amène les chiffres du CNR à évoluer par « paliers », entre des années à 0% (cas de 2014) et des années fortes (+3.5% en 2013).

- Certaines prévisions de hausse vont être confrontées à des réalités probablement différentes au cours de l’année à venir : quand sera-t-il vraiment de la hausse des péages compte tenu des discours tenus par plusieurs membres du gouvernement ? est-on vraiment sûr que la hausse des Euro VI est intégralement répercutée aux entreprises ? l’inflation sera-t-elle de 0.9% en 2015 ?  comment va évoluer la structure des coûts compte tenu de la spectaculaire baisse du prix du gazole ?

Bref, autant d’incertitudes qui amènent à beaucoup de prudence.