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Pourquoi la grève des routiers n'a pas vraiment prise ?


Les syndicats FO et CGT Route s'étaient donc unis pour lancer le 17 mai un mouvement de grève destiné à protester contre l'une des mesures de la loi El Khomri qui permettrait, dans des circonstances très particulières, de ramener le paiement de certaines heures supplémentaires à 10%.

Mais force est de constater qu'en fin de journée, les annonces de blocages imputables aux seuls transporteurs furent rares, si ce n'est un barrage au niveau du sud de Bordeaux pour bloquer l'accès à la Scaso (groupe Leclerc), un autre à Vitrolles et quelques opérations escargot sur Caen, Le Mans, A29 ou Rennes. Plusieurs autres actions de blocages avaient lieu par ailleurs au Havre, Donges, Perpignan, Fos, mais largement imputables aux actions menées par d'autres corporations, comme les dockers, les cheminots, les étudiants, les salariés de la pétrochimie, etc. Plusieurs médias se sont malheureusement fait l'écho de "succès", mélangeant un peu tout et oubliant de préciser au final qui bloquait qui et pour quoi ?

Retenons simplement l'habileté de FO et de la CGT qui ont lancé un mouvement -qu'ils savaient par avance limité- à un moment ou d'autres, mieux organisés et plus nombreux, allaient rejoindre "leurs troupes" et, dans un vaste amalgame où venaient se greffer dans l'après midi les manifestations sur rue, faciliter un relatif succès. Apparus comme étant ceux qui "ouvraient le bal", ils ont bénéficié d'une audience inespérée pour mettre avant une revendication pour le moins spécieuse (voir article par ailleurs).


Mais ne nous trompons pas. La mayonnaise n'a pas vraiment prise et les conducteurs routiers sont restés, à une très large majorité, étrangers aux mouvements.

Plusieurs raisons ont plaidé pour cet impact limité :

1) Les conducteurs salariés sont quasiment dans l'impossibilité d'utiliser les PL pour bloquer des axes et routes. Le recours à un outil de travail ne leur appartenant pas pour manifester entraîne des risques de sanction.

2) Le taux de syndicalisation est très faible dans le monde des conducteurs routiers. Même si le chiffre n'est pas connu, on peut imaginer qu'il se situe nettement en dessous de celui constaté pour l'ensemble des salariés (entre 7 et 8%). 2, 3, voire 4% au mieux.

3) Seul deux syndicats ont appelé à manifester. La CFDT, qui dispose d'une bonne représentativité dans la branche, ne s'est pas associée.

4) La mobilisation des conducteurs n'est pas une chose facile. Contrairement à un site industriel, on a affaire à des salariés mobiles, qui sont rarement présents sur le site de l'entreprise et pas tous en même temps. Les espaces de dialogues et d'échanges entre salariés sont rares et difficiles à mettre en place pour les représentants du personnel.

5) Les exemples passés ne plaident pas en faveur d'une grande mobilisation. Lors des dernières négociations salariales de branche, les appels à la grève avaient connu un réel échec. Et il faut en fait remonter à 1996 pour voir les dernières grandes manifestations de conducteurs salariés (paradoxalement ce sont surtout les manifestations de patrons-chauffeurs, dirigeants de TPE ou PME qui ont rencontré quelques succès depuis cette date).

6) Et enfin, la revendication reste pour l'instant floue et renvoie à une hypothèse lointaine. Rares sont ceux qui imaginent aujourd'hui qu'il existe un risque demain ou après demain d'une diminution du paiement de leurs heures supplémentaires. Et ils sont probablement nombreux à penser que la garantie de rémunération primera sur tout le reste.

La journée de mardi a donc simplement servi de tremplin médiatique. A ce niveau là, c'est une incontestable réussite.